Économie

Le circuit court sous contrainte économique ?

« 64 % des Français achètent encore en direct auprès des producteurs », indique le 5ᵉ Baromètre Pourdebon 2025. Mais ce chiffre recule de trois points par rapport à l’an dernier. En cause : le prix, désormais premier frein à l’achat, cité par 38 % des sondés. Entre attachement à la qualité et contraintes budgétaires, les consommateurs adaptent leurs habitudes.

Le 5ᵉ Baromètre Pourdebon 2025 signale un recul de la consommation en circuit court.

Publié en février, le baromètre 2025 indique que 64 % des Français achètent en direct auprès des producteurs, soit 3 points de moins que l’année précédente. Pour la première fois, le prix se hisse au rang de principal obstacle, cité par 38 % des sondés (+5 pts).

Ce constat a été confirmé par Jean-Baptiste Bondueaux, 22 ans, rencontré lors du SIAL 2024 et rapporté dans JA Mag en octobre 2024, qui témoigne : « Quand je vais directement chez le maraîcher, je sais que le produit est de qualité, mais avec la hausse des prix, même si je reste attaché à l’authenticité, je dois parfois me ravitailler en grande surface pour ménager mon budget.» Ces propos soulignent l’impact direct des contraintes économiques sur le pouvoir d’achat, obligeant même les consommateurs sensibles à la qualité à réévaluer leurs habitudes.

Des modes d’achat ancrés dans la tradition

Malgré ce recul, l’achat en magasin physique ou sur les marchés reste largement dominant, plébiscité par 82 % des consommateurs (+2 pts). Pour beaucoup, le contact direct avec le producteur est un gage de transparence et de qualité.

Maram Dhahak, 22 ans, également recueillie lors du SIAL 2024, renchérit : « Acheter sur le marché me permet de discuter directement avec le producteur, de m’assurer de l’origine des produits et d’avoir un véritable lien de confiance. Même si le coût est un peu plus élevé, la qualité se ressent.» Ces témoignages renforcent l’idée que, malgré l’essor de la livraison à domicile, adoptée par 13 % des consommateurs, notamment les 18–34 ans et les Franciliens, le modèle traditionnel garde toute sa force.

Motivations authentiques et freins grandissants

Le goût et la qualité des produits restent les principaux moteurs d’achat pour 72 % des Français, apprend-on dans le baromètre. Ils sont suivis par la préférence pour le Made in France (57 %) et la relation de proximité avec le producteur (51 %). Toutefois, la juste rémunération des producteurs recule à 42 % (–4 pts), tandis que le manque de choix (+6 pts) et le temps consacré à la cuisine (+5 pts) apparaissent comme des freins importants.

Claire Cassier, 28 ans, citée dans JA Mag en octobre 2024, partage son point de vue : «Je privilégie toujours les produits locaux pour leur fraîcheur et leur goût authentique, mais quand il faut faire des choix au quotidien, le coût reste un facteur déterminant. Jaimerais que l’État intervienne pour trouver un compromis afin que nous puissions tous soutenir nos agriculteurs sans sacrifier notre budget. » Ces témoignages illustrent parfaitement la dualité entre l’aspiration à consommer local et les réalités budgétaires, notamment chez les consommateurs urbains et les familles.

Des disparités régionales et générationnelles

Les chiffres révèlent aussi des disparités marquées : la Bourgogne-Franche-Comté (78 %), les Pays-de-la-Loire (72 %) et la Bretagne (70 %) sont en tête, alors que la Normandie se positionne en bas du classement, avec 49 % de ses répondants qui n’achètent jamais ou que rarement en circuit court. Par ailleurs, les seniors restent particulièrement attachés à ce mode d’achat, avec 93 % des 65–74 ans et 91 % des 55–64 ans préférant l’achat direct. En revanche, les 18–34 ans, bien que friands de la livraison à domicile (avec un surcroît de +17 pts en Île-de-France), se heurtent davantage aux contraintes budgétaires, comme le souligne le témoignage de Jean-Baptiste.

Enjeux et perspectives pour demain

Face à un contexte économique tendu, le défi est désormais de concilier la volonté d’une consommation authentique et responsable avec les contraintes de pouvoir d’achat. Les témoignages recueillis lors du SIAL 2024 rappellent cette exigence de qualité et de transparence, même si le coût demeure un obstacle. Maram Dhahak évoque cette nécessité : «Je suis prête à payer plus pour des produits locaux de qualité, mais il faut que ces coûts soient en adéquation avec notre budget, sinon la passion du circuit court risque de se transformer en contrainte. » L’avenir du circuit court repose sur une adaptation de l’offre. Il s’agit de diversifier les points de collecte et d’améliorer la logistique. Surtout, il faut trouver des solutions pour limiter l’impact du prix sur le consommateur, sans sacrifier la qualité ni la juste rémunération des producteurs.