Politique et société

Taille des haies : entre dérogations et interdictions en 2025

Depuis 2019, la PAC interdit la taille des haies pendant la nidification. La mesure protège la biodiversité mais complique le quotidien des exploitants. Pour 2025, des dérogations pourraient assouplir cette règle contraignante.

Des dérogations collectives, sans formalités administratives, sont accordées dans quelques départements. D'autres préfectures ont, pour l’instant, refusé toute dérogation collective..

Depuis 2019, la PAC interdit aux agriculteurs de tailler les haies entre le 16 mars et le 15 août afin de préserver les oiseaux en période de nidification et de protéger la faune locale. Cette mesure vise à favoriser la biodiversité, mais sur le terrain, elle complique la gestion des exploitations. « Quand c'est la loi et que c'est acté, tu n’as malheureusement pas grand-chose à y faire », souffle Jean-Baptiste Goutte, céréalier dans l’Orne et membre du Conseil d'administration de Jeunes Agriculteurs.

Des difficultés concrètes pour les agriculteurs

Le calendrier imposé ne correspond pas toujours aux contraintes agricoles. « Tailler après la date limite est trop risqué à cause du risque d'amende, surtout quand il reste des cultures de printemps comme le maïs qui n'ont pas encore été débroussaillées.», explique Jean-Baptiste. Les conséquences ne sont pas anodines, et les agriculteurs se retrouvent face à un dilemme : « Soit tu contournes la loi en espérant passer inaperçu, soit tu respectes les règles et tu laisses les haies envahir les parcelles, ce qui complique les travaux de l’année suivante. »

Des dérogations sous conditions

Face à des conditions météorologiques exceptionnelles (intempéries, fortes pluies, ..), des dérogations peuvent être accordées. En 2024, après de fortes pluies, certaines préfectures ont repoussé l’interdiction de taille au 16 avril pour permettre des interventions urgentes. Pour 2025, Jeunes Agriculteurs et d’autres syndicats ont demandé de nouvelles dérogations, et les agriculteurs attendent avec impatience les décisions des préfectures.

« On sait que certains départements, comme la Sarthe, ont obtenu une extension sans contrainte. Ailleurs, c’est plus encadré : limité aux parcelles cultivées ou aux bords de route. Tout dépend de la préfecture, déclare Jean-Baptiste qui est actuellement dans l’attente. Le ministère a validé une extension nationale d'un mois, mais chaque département doit encore fixer ses propres règles. Nous attendons la confirmation. »

Dans la Creuse, le Gers et la Vienne, des dérogations collectives, sans formalités administratives, sont accordées jusqu’au 31 mars. L’Oise bénéficie aussi d’une dérogation collective jusqu’au 5 avril 2025 pour l’entretien des haies et des arbres. D’après Réussir, d’autres départements comme la Mayenne, la Sarthe, le Maine-et-Loire, la Loire-Atlantique et la Vendée ont obtenu une prolongation jusqu’au 16 avril, sans démarche administrative.

En revanche, dans le Cantal, la Charente et la Haute-Vienne, les préfets ont, pour l’instant, refusé toute dérogation collective. Des dérogations individuelles pourraient toutefois être envisagées.

Un appel à plus de flexibilité

Les agriculteurs reconnaissent l'importance de la protection de la biodiversité, mais demandent une application plus adaptée aux réalités du terrain. « La météo est imprévisible et nous empêche parfois de faire nos travaux à temps. La loi devient alors un frein à notre métier », regrette Jean-Baptiste. Entre protection de la biodiversité et exigences agricoles, la réglementation doit trouver un juste milieu. Une flexibilité accrue préserverait en même temps l'environnement et la viabilité économique des exploitations. « On veut juste pouvoir travailler dans des conditions raisonnables », conclut Jean-Baptiste Goutte.